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LES RISQUES : Le message passe-t-il?

Tout ce qui pénètre votre corps — qu’il s’agisse d’un médicament d’ordonnance, d’un vaccin, d’un implant ou d’un produit de santé naturel — comporte un certain degré de risque. Mais en cette ère où tant d’informations, vraies et erronées, sont véhiculées en ligne, la tâche de communiquer ce risque est devenue très complexe.

Afin de cerner la question, Santé Canada a demandé au Conseil des académies canadiennes d’examiner les diverses façons dont nous pouvons mesurer et évaluer l’efficacité des communications se rapportant aux risques associés aux produits de santé. Le rapport produit en réponse à cette demande, LES RISQUES : Le message passe-t-il?, a été publié le 9 juin 2015.

Mme Annette O’Connor, professeure distinguée et professeure émérite à l’École des sciences infirmières de l’Université d’Ottawa préside le comité d’experts qui a rédigé le rapport. Elle répond ci-dessous à quelques questions sur les constats du rapport.

En quoi consiste une « communication des risques posés par un produit de santé »?

Les produits de santé, tels que les médicaments, les vaccins, les implants ou les suppléments vitaminiques, peuvent avoir des effets secondaires ou présenter des lacunes qui doivent, les uns comme les autres, être communiqués. Nous disposons de plusieurs outils pour le faire, tels que les notices d’accompagnement, qui décrivent les risques connus concernant les médicaments d’ordonnance. Santé Canada communique les nouveaux risques au moyen de lettres intitulées « Cher docteur » ou d’avis publics, lesquels décrivent les effets indésirables possibles ou renseignent le public sur un rappel se rapportant à un produit particulier.

Dans votre rapport, vous parlez d’un changement de paradigme concernant la communication des risques associés aux produits de santé; qu’est-ce qui a changé?

Auparavant, l’objectif principal consistait à nous assurer de la véracité scientifique des informations et de comprendre les risques encourus. La communication s’inscrivait généralement dans une relation à sens unique : du gouvernement vers les médecins et vers le public.

Aujourd’hui, nous sommes passés à un modèle de communication multidirectionnelle, où les gouvernements et les autres communicateurs, les professionnels de la santé et le public, s’échangent réciproquement des informations. Le but est de créer des rapports constants par l’entremise desquels tout le monde concerné peut s’approprier l’information.

Des progrès ont aussi été réalisés dans la science de la communication des risques et des meilleures pratiques pour communiquer ces risques. Les personnes visées, leurs besoins et la meilleure façon pour elles de prendre connaissance des risques sont maintenant pris en compte afin qu’elles puissent prendre des décisions éclairées.

Pouvez-vous nous citer des exemples de pratiques exemplaires en matière de communication des risques?

Le fait d’utiliser un langage simple, exempt de jargon. Décrire les risques à l’aide de chiffres plutôt que de mots. Par exemple, lorsqu’on utilise des mots pour indiquer qu’un certain médicament est « associé à une prise de poids », les gens croient souvent que le risque est plus important qu’il ne l’est en réalité.

Un autre constat scientifique concernant la communication des risques est qu’il est préférable d’employer des chiffres décrivant le risque absolu plutôt des chiffres s’appliquant au risque relatif. Par exemple, l’utilisation d’un certain médicament peut « doubler le risque » de subir un certain effet. Mais doubler les probabilités de 2 à 4 % est très différent de les doubler de 20 à 40 %. Il est également important de comparer les risques aux avantages, afin que le prescripteur et la personne recevant la médicamentation puissent tous deux prendre la décision la plus éclairée possible.

Dans le rapport, vous parlez des nouveaux outils de communication des risques associés aux produits de santé. Pouvez-vous nous en donner quelques exemples?

L’innovation la plus prometteuse pourrait être ce qu’on appelle la vignette de médicament. Le concept est semblable à celui de l’étiquetage nutritionnel que l’on trouve sur nos boîtes de céréales. Cette vignette normalise la présentation des avantages et des probabilités des risques pour plusieurs produits différents. Elle permet de vérifier rapidement les informations sur un médicament et d’en comparer les avantages et les risques.

Les chercheurs universitaires qui ont testé les vignettes de médicaments par le biais de groupes de discussion et d’enquêtes ont démontré que les gens les comprenaient bien. Il faudrait maintenant que les autorités évaluent leur applicabilité réelle.

Le comité a de plus relevé plusieurs autres outils qui s’appuient sur de nouvelles technologies et différents médias pour élargir la portée des communications ou pour favoriser la prise de décisions éclairées et le changement des comportements. Les médias en ligne et sociaux sont très importants, étant donné qu’ils permettent de joindre avec efficacité et très rapidement un grand nombre de personnes. Ils permettent aussi aux gens de communiquer et d’interagir avec ceux qui publient les messages.

Qu’en est-il des moyens utilisés pour évaluer l’efficacité avec laquelle les messages sont communiqués?

Malheureusement, nous n’avons pas trouvé un grand nombre d’évaluations publiées sur les outils de communication des risques ayant examiné leur portée, la façon dont ils sont utilisés et l’impact qu’ils peuvent avoir. Et c’est le cas pour tous les pays que nous avons examinés, pas seulement le Canada. Il est par conséquent difficile d’établir quelles seraient les meilleures pratiques à utiliser en matière d’évaluation.

Cela ne signifie pas nécessairement que les outils employés par les autorités réglementaires ne sont jamais évalués; les informations pourraient se trouver dans des documents internes. Dans les études publiées, le niveau de littératie requis pour comprendre certains outils de communication et la façon dont les outils de communication influencent l’utilisation globale de certains médicaments ont fait l’objet d’évaluations. Mais il y a peu de données probantes publiées et disponibles publiquement pour la plupart des outils de communication.

Comment les outils de communication des risques devraient-ils être évalués?

Il n’existe pas de façon parfaite d’évaluer une communication; les méthodes doivent être adaptées à chaque situation. Toutefois, nous estimons que l’évaluation doit faire partie intégrante du processus de communication, depuis l’élaboration de l’outil de communication des risques jusqu’à la compréhension de sa portée, de la façon dont les gens l’utilisent et de l’influence qu’elle a sur le comportement et sur certains autres aspects.

Par exemple, aux premiers stades de l’élaboration d’un message, on peut organiser un groupe de discussion pour déterminer quels sont les besoins sur le plan de l’information et ensuite comparer le message à une liste de contrôle des pratiques exemplaires et mener un pré-test pour s’assurer que les gens le comprennent et le trouvent pertinent.

Lorsque le message est prêt à être communiqué, on peut assurer un suivi des téléchargements pour évaluer la portée et examiner les changements de comportement se rapportant entre autres aux taux de prescription ou à l’utilisation d’un produit. Dans les cas où des changements dans la santé de la population sont anticipés, on peut évaluer les résultats à l’aide de bases de données de santé.

Au bout du compte, la meilleure approche est celle qui s’adapte aux besoins des personnes visées ainsi qu’au type, au stade et à l’objectif de la communication.

Toute cette évaluation pourrait coûter cher. Combien d’argent suffira?

Même une évaluation minimale peut présenter des avantages. Le simple fait d’utiliser une liste de contrôle pour évaluer si un message s’appuie sur des pratiques basées sur des données probantes, de mener des groupes de discussion pour s’assurer que le message répond aux besoins des gens ou d’examiner les données téléchargées pour déterminer si elles sont bien reçues peut faire toute la différence.

Ce que nous avons fait en préparant ce rapport, c’est de mettre à jour les données probantes et de proposer un ensemble de méthodes dont peuvent se prévaloir les autorités de réglementation. Les responsables de la réglementation et les autres institutions gouvernementales partout dans le monde ont la possibilité de devenir des chefs de file dans ce domaine, en réalisant des évaluations pertinentes, bien planifiées et exhaustives.

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